Quelques mots de mon modèle en écoresponsabilité

par Irene Kaloyannis, Dialogue Sciences & Politiques (DSP)

L’été dernier, j’ai écrit un billet de blogue décrivant mon parcours en justice environnementale. J’y ai décrit mes a priori, ce que j’ai appris et comment j’ai évolué. Ma bonne amie Diamond Yao a joué un rôle essentiel dans mon développement personnel. Diamond a étudié en développement durable, sciences et société à McGill avec une mineure en langues et littérature de l’Asie de l’Est. Elle travaille actuellement comme journaliste indépendante. Durant ses années de bénévolat, d’animation et de rédaction, elle a cumulé un grand nombre d’expériences très variées qui ont fait d’elle l’activiste en écojustice qu’elle est aujourd’hui. Par ses expériences et perspectives uniques, elle m’inspire chaque jour à rester sensibilisée et à toujours faire mieux, notamment en ce qui concerne les enjeux environnementaux. C’est pourquoi j’ai eu l’idée de mener une entrevue avec Diamond pour cet article. J’espère que ses mots vous inspireront aussi et que vous pourrez en tirer des apprentissages!

Comment s’est développé ton intérêt pour le développement durable? A-t-il toujours été lié à ton intérêt pour la justice sociale ou ces intérêts ont-ils fusionné avec le temps?

D: J’ai toujours été curieuse de savoir comment vivent les gens dans le monde, à quels types de problème ils sont confrontés et ce qu’il se passe sur notre planète. J’ai grandi dans un quartier qui a été très mal planifié: je ne pouvais aller nulle part sans ma voiture; le transport en commun était mal conçu il n’y avait quasiment aucun espace vert; et il était très difficile de réduire la quantité de déchets que je produisais. Tout cela a fini par vraiment m’agacer. Mon intérêt pour le bien-être des individus s’est transformé en un intérêt pour le développement durable. Je dirais que c’était bien lié à mon intérêt pour la justice sociale, car, de mon point de vue, le développement durable inclut le bien-être de chaque être humain et est intersectionnel. J’ai aussi eu du mal à m’identifier aux conceptions traditionnelles de l’environnementalisme, car elles étaient très blanches et privilégiaient la protection de la biodiversité au détriment de tout le reste. En tant que femme racisée venant d’un grand centre urbain, j’ai trouvé cette conception de l’environnementalisme un peu aliénante. Donc, pour moi, le développement durable et la justice sociale se complètent naturellement.

Tu as vécu plusieurs années à l’ECOLE, l’espace de vie durable urbain de McGill. Qu’est-ce que tu as appris qui t’a aidée dans ton parcours de défenseuse de l’environnement? Quels ont été les projets les plus marquants au cours de ces années?

D: L’une des expériences les plus précieuses que j’ai vécues lorsque j’étais là-bas est d’avoir eu la possibilité de vivre, de travailler et de collaborer avec un grand nombre de personnes qui s’intéressaient au développement durable sous toutes ses formes. L’un des aspects du projet de l’organisation que j’aime particulièrement est le fait qu’il ne promeut pas une vision unique et homogène du développement durable et qu’il prospère grâce aux talents et points de vue de personnes très différentes. Vivre au quotidien avec tant de personnes si différentes m’a permis de développer mes habiletés interpersonnelles et mes compétences en résolution de conflits. J’ai également beaucoup appris sur la dynamique anti-oppressive des relations, et je continue à appliquer ces principes, que tout le monde devrait connaître, dans toutes mes relations.

Quelles expériences ont contribué de façon inattendue à ta prise de conscience environnementale? Comme le fait d’avoir travaillé en tant qu’éducatrice en sciences au Club étudiant du musée Redpath ou comme cuisinière chez La Patate du Peuple?

D: Je dirais que chacune de mes expériences a contribué à ma compréhension d’un aspect spécifique du développement durable. Par exemple, vivre à proximité de et m’impliquer dans la communauté de Milton-Parc m’a beaucoup appris sur le système de fiducie immobilière au bénéfice de la communauté. Il est bien question de développement durable, car la responsabilité de prendre soin de l’environnement doit être assumée collectivement; les systèmes environnementaux et sociaux sont, par nature, interconnectés. J’ai également beaucoup appris lors de la formation anti-oppression. J’ai constaté et compris la place cruciale que tiennent les opinions et les points de vue des peuples autochtones en ce qui concerne le développement durable, quelque chose dont je n’avais pas réellement conscience quand j’ai débuté. Je suis très reconnaissante des personnes de peuples autochtones et de leurs alliés de m’avoir aidée à prendre connaissance de leurs points de vue. Les peuples autochtones au Canada et du monde entier sont à l’avant-garde de nombreuses causes en développement durable depuis des décennies, si ce n’est pas des siècles, en raison du vol et de la pollution de leurs terres et eaux par les colons. Leurs connaissances de l’environnement, tirées de leurs traditions, viennent d’une compréhension sophistiquée de l’écologie et de la protection de la nature qu’ils habitent depuis des siècles, voire des millénaires. C’est un savoir très précieux lorsque l’on traite des problèmes modernes complexes de développement durable. Je cherche continuellement à être une meilleure alliée des peuples autochtones, ce qui m’a amenée à une compréhension nouvelle de la façon dont les problématiques de développement durable se trouvent au cœur même de notre société moderne. Tenter de construire un monde plus durable n’est pas qu’une question d’environnement ou d’écologie, mais nécessite que nous démantelions certains préceptes fondamentaux sur la façon dont nous vivons au XXIe siècle.

Quel conseil pourrais-tu donner à quelqu’un qui commence son parcours en environnementalisme, et quel conseil aurais-tu pour les autres vétérans du mode de vie durable?

Le conseil le plus important que j’ai, pour qui que ce soit, indépendamment de l’avancement de votre parcours en développement durable, est de rester ouvert, de garder l’attitude d’une personne continuellement en apprentissage et d’apprendre de vos erreurs. Je pense qu’il est très important de toujours aller s’informer et de continuellement remettre en question nos préconceptions sur ce qu’est le développement durable. Personne ne sait tout sur tout, et tout le monde se trompe quelques fois, mais je crois que l’ouverture d’esprit et la volonté d’admettre ses erreurs et de les corriger sont bénéfiques à long terme. Il est très important de savoir se pardonner d’avoir été mal avisé ou mal informé tout en insistant sur sa volonté d’apprendre et de faire mieux.

Je reconnais que l’intersectionnalité peut rendre le développement durable différent pour chaque individu selon des circonstances. Beaucoup de personnes ne peuvent pas mettre en pratique un grand nombre de conseils et d’astuces traditionnelles comme le zéro déchet, l’agriculture urbaine, les régimes à faible teneur en viande, le DIY et le réemploi. Je crois en un développement durable qui soit inclusif et accessible à tous. Ainsi, tout ce que je peux conseiller aux lecteurs suivant un parcours en développement durable ou sur le point d’embarquer, est de penser à des pratiques durables qui correspondent au mieux à leur situation, aussi insignifiantes qu’elles puissent paraître. Chaque acte compte et chacun suit son propre chemin!

A student-run non-profit that works to foster the student voice in science policy and evidence-informed policy-making in Canada. Based in Montreal.

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