Inégalité des genres dans le milieu académique : état des lieux et portrait de trois femmes qui brisent le plafond de verre

Par Amelia Stephenson et Emma Anderson, Dialogue Sciences et Politiques

En tant qu’étudiantes en génie et en neuroscience, nous sommes attristées des inégalités de genre qui persistent dans le milieu académique, particulièrement dans les domaines des sciences, technologies, ingénieries et mathématiques (STIM). Nous nous sentons toutefois perpétuellement inspirées par les chercheures qui brisent les barrières dans leurs domaines respectifs. Dans ce billet de blogue, nous souhaitons informer de l’état des lieux en termes d’inégalité dans le milieu académique et partager le vécu de trois chercheures qui nous inspirent.

Les femmes dans le milieu académique : état des lieux

Le 8 mars 2021, nombre de publications en ligne ont souligné les accomplissements des femmes pour la Journée internationale des droits de la femme. Malgré cette atmosphère de célébration, l’inégalité des genres touche encore les femmes.

Dans le monde académique, les femmes ont réalisé de grands progrès. Pourtant, l’égalité des genres n’a toujours pas été atteinte. En moyenne, les femmes œuvrant dans les universités sont moins payées et obtiennent plus difficilement des postes de professeures titulaires ou des postes exécutifs. Aux États-Unis, alors qu’elles représentent 45% du corps professoral (chargées de cours, professeurs adjoints, professeurs titulaires), elles représentaient uniquement 26% des professeurs permanents (en 2016), qui sont les postes les mieux rémunérés et avec sécurité d’emploi. L’intersectorialité impacte également l’inégalité: les femmes racisées et de communautés autochtones font davantage face à des écarts de pouvoir et de paie que les femmes blanches, à l’intérieur et à l’extérieur des murs de l’université. La discrimination et l’exclusion sont également des défis auxquels les professeures s’identifiant comme LGBQT+ font face.

La situation est particulièrement alarmante dans les domaines des STIM. Malgré l’augmentation du nombre de femmes diplômées des cycles supérieurs, le nombre de femmes qui détiennent des postes en STIM semble avoir plafonné. La US National Science Foundation rapporte en 2010 que les femmes représentent la moitié des doctorantes en science et en génie, mais qu’elles n’occupent que 21% des postes des professeurs titulaires en sciences et que 5% des professeurs titulaires en génie. Un rapport du CCUNESCO publié cette année, intitulé La vie pour les femmes après l’obtention d’un doctorat, indique que seuls 12% des postes de professeurs à temps plein au Canada sont détenus par des femmes.

Les facteurs contribuant à ces disparités sont nombreux. Des responsabilités parentales et familiales plus grandes sont souvent à blâmer, mais cela n’explique pas tout. Une étude du Royaume-Uni montre que, malgré la prise en compte de ces responsabilités, les chercheurs s’identifiant comme hommes atteignent davantage la séniorité que leurs collègues qui sont des femmes.

En réalité, les stéréotypes de “travail pour les femmes”, le sexisme et certaines cultures continuent de contribuer à l’inégalité des genres pour les femmes en STIM. Les femmes sont tout aussi intéressées par les STIM que les hommes, mais des biais systémiques découragent les femmes de poursuivre une carrière dans ces domaines. Malgré le fait qu’elles performent autant que les hommes, elles s’excluent des STIM en raison d’un manque de confiance en elles et de l’impression qu’il s’agit de domaines dominés par les hommes. Le manque de représentation crée une boucle de rétroaction positive où les femmes sont plus susceptibles de souffrir du syndrome de l’imposteur. Le sentiment de ne pas appartenir à cette communauté peut pousser les femmes à abandonner la voie des STIM, renforçant alors ce manque de représentation.

La pandémie de la COVID-19 affecte de manière disproportionnée les femmes et les membres du corps professoral racisés en termes de productivité et de financement. Une étude montre le déclin du nombre d’articles scientifiques publiés par des femmes comme première auteure depuis février 2020. Un rapport de l’Académie nationale des sciences, de l’ingénierie et de la médecine (National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine (NASEM)) sur l’impact de la COVID-19 sur les chercheures met de l’avant des inquiétudes concernant l’effacement des gains réalisés par les femmes en STIM et en médecine dû à la crise sanitaire.

Plusieurs enjeux méritent d’être adressés pour diminuer les écarts de salaire, de pouvoir et de représentation pour les femmes en STIM. Un mentorat de meilleure qualité est requis à tous les âges. De plus, les jeunes filles ont besoin de modèles de fxmmes en STIM : de leurs professeurs aux manuels, en passant par les devoirs.

Pour retenir les femmes dans les facultés de STIM, une meilleure formation est de mise afin de lutter contre le sexisme et la discrimination ainsi que pour créer de cultures organisationnelles plus inclusives. Les dirigeants des départements de STEM doivent être tenus responsables d’y assurer la diversité et l’inclusion. En outre, les universités doivent adopter des politiques qui soutiennent les femmes, par exemple, en proposant du soutien pour les nouvelles familles, des salaires égaux, des subventions pour partir un laboratoire, des modifications du processus de titularisation, plus de mentorat, du soutien pour les équipes ainsi que le maintien des rencontres ou séminaires virtuels post-pandémie.

À travers cet article, nous souhaitons souligner trois chercheures qui ont réussi à avoir des parcours spectaculaires. Nous espérons que ces histoires renforceront le sentiment d’appartenance des femmes en STIM.

Portrait de trois femmes inspirantes

Dre. Ayana Elizabeth Johnson

(TED Talk — ‘A Love Story for the Coral Reef Crisis’ — 2019 — Credit: Ryan Lash)

Mme Johnson est une biologiste marine, une auteure et une rédactrice politique connue pour avoir repoussé les limites de la politique climatique et de la conservation des océans. Nommée par le magazine Outside comme “la biologiste marine la plus influente de notre époque”, elle a récemment conseillé la campagne présidentielle de Warren, co-créé le Blue New Deal pour réduire les émissions de carbone grâce à un plan basé sur l’océan, et co-fondé un groupe de réflexion pour les villes côtières.

Également passionnée par l’environnement et les droits civiques, cette habitante de Brooklyn est à l’intersection du changement climatique et de la justice raciale pour trouver des solutions ancrées dans la justice sociale et le développement communautaire. Tout au long de ses efforts, Mme Johnson a plaidé pour que les femmes et les personnes de couleur aient un siège à chaque table où sont prises les décisions concernant les changements climatiques.

Dre. Donna Strickland

(Image via the University of Waterloo)

Donna Strickland, une physicienne canadienne en optique, a reçu le prix Nobel de physique en 2018, ce qui fait d’elle seulement la troisième personne ayant reçu cet honneur à s’identifier comme femme. Selon ses propres termes, sa carrière a consisté à “jouer avec des lasers à haute intensité”. Son travail révolutionnaire, avec son collègue Gérard Mourou, a consisté à développer l’un des lasers les plus puissants jamais fabriqués. Aujourd’hui, cette technologie est utilisée dans divers domaines, de la chirurgie oculaire au laser à la fabrication de téléphones portables.

Actuellement professeure à l’Université de Waterloo, elle n’a pas hésité à parler des défis qu’elle a dû relever en tant que femme pour y parvenir. Après avoir obtenu son doctorat, elle n’a pas pu trouver de poste universitaire à temps plein pendant huit ans, ce qui, selon elle, est dû en partie au “problème des deux corps”, un obstacle auquel sont confrontées de nombreuses femmes dans le milieu universitaire dont la carrière est mise en suspens après le mariage. Malgré cela, elle a réussi à être une innovatrice dans le domaine de la physique des lasers, tout en apportant une visibilité à la disparité dans ce domaine.

«Nous devons célébrer les femmes physiciennes parce qu’elles sont là — je suis honorée d’être l’une de ces femmes». — Donna Strickland (traduction libre).

Dre. Brenda Milner

(Image via Stat News)

La Dre Milner, considérée comme la fondatrice de la neuropsychologie, serait l’une des scientifiques les plus importantes du XXe siècle. Née en 1918, elle a non seulement été la pionnière des neurosciences cognitives cliniques, mais elle a également inspiré et ouvert la voie à d’autres universitaires s’identifiant comme des fxmmes. Ayant travaillé à l’Institut neurologique de Montréal pendant la majeure partie de sa carrière, elle a considérablement modifié notre compréhension des mécanismes d’apprentissage et de mémoire dans le cerveau. De plus, elle a effectué une grande partie des premiers travaux visant à définir l’interaction entre les deux hémisphères du cerveau.

En 2020, la Dre Milner, âgée de 102 ans, travaillait encore au sein du département de neurologie et de neurochirurgie de l’Université McGill pour faire des découvertes en tant que chercheuse principale. Son exploration du cerveau humain, qui a duré sept décennies, a été ponctuée d’obstacles, mais sa notoriété lui a permis de tous les transcender. Bien qu’elle ait été l’une des rares femmes dans son domaine (ou dans le milieu universitaire des STIM en général) pendant une grande partie de sa carrière, elle a réussi à devenir l’une des neuroscientifiques les plus reconnues à ce jour. Comme l’affirment ses collègues, avec le Dr Milner, la science passe toujours en premier.

Comme le montre clairement l’histoire de ces trois pionnières des STIM, les femmes ont leur place à toutes les tables (et paillasses) où se prennent les décisions, les découvertes et les avancées capitales. Il appartient aux dirigeants des STIM, aux universités et au public de soutenir les fxmmes et les jeunes filles dans leur parcours universitaire, non seulement pendant le Mois de l’histoire des femmes, mais tous les jours de l’année. Ce n’est qu’à ce moment-là que nous pourrons enfin remédier à l’inégalité entre les sexes dans le milieu universitaire des STIM et retenir les scientifiques passionnés s’identifiant au genre féminin et qui pourraient ensuite réaliser des découvertes capitales dans certains des problèmes les plus urgents du monde.

A student-run non-profit that works to foster the student voice in science policy and evidence-informed policy-making in Canada. Based in Montreal.

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