Discutons de l’itinérance à Montréal: durant la pandémie et après

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par Maïa Dakessian, Dialogue sciences et politiques (DSP)

Étonnamment, il ne suffisait pas que le gouvernement dise simplement «ça va bien aller».

Durant la pandémie de la COVID-19, des politiques de distanciation sociale ont été mises en place pour limiter la propagation du virus et ainsi protéger la population, notamment les personnes les plus vulnérables. Par contre, la distanciation physique a eu des conséquences néfastes sur la santé mentale de plusieurs personnes. Par exemple, n’ayant pas de chez soi, les politiques de distanciation sociale ont d’autant plus aggravé la situation des personnes itinérantes. Étonnamment, il ne suffisait pas que le gouvernement dise simplement «ça va bien aller».

Les politiques de distanciation sociale n’étaient pas adaptées à toutes les populations. En effet, les personnes logées dans la précarité ou les personnes en situation d’itinérance ont fait face à plusieurs difficultés à ce niveau. Par exemple, au début de la pandémie, de nombreux centres d’aide ont diminué le nombre de places disponibles ou en sont même venus à fermer leurs portes. Ceci a aussi accru la vulnérabilité des personnes ayant des dépendances.

Avec le 2 mètres de distance et les rues presque désertes, le taux de mendicité durant la pandémie a beaucoup diminué. De plus, plusieurs sans-abris n’étaient pas capables de se procurer un masque ou ne comprenaient pas l’importance d’en mettre un. Ainsi, avec le peu d’argent comptant qu’ils avaient — et la diminution des cafés et des commerces du coin qui ont continués à accepter l’argent comptant comme mode de paiement — et la difficulté d’accéder à ces endroits ayant comme règle d’accès le port du masque, les personnes en situation d’itinérance ont eu beaucoup de difficulté à se procurer de la nourriture ou d’autres besoins.

La pandémie a été une contrainte de plus à une situation d’itinérance déjà invivable pour les personnes concernées. En effet, elle a amplifié les incertitudes que vivent déjà les itinérants au quotidien. Comment savoir quelles sont les nouvelles heures d’ouverture du centre de jour ? Comment savoir si un lit sera disponible ? Est-ce que les critères d’admissibilité ont changé ?

En 2020, les services de dépannage et de soutien à Montréal desservaient seulement des services essentiels comme l’offre de repas, d’un lit et l’accès à de l’eau chaude. Ainsi, les centres de jours pour les personnes itinérantes n’offraient plus d’activités sociales.

Soutenir le milieu de l’itinérance

À Montréal, certaines mesures ont été adoptées pour venir en aide aux personnes itinérantes durant la pandémie. Notamment, l’ouverture de trois sites d’hébergement d’urgence a permis d’accueillir un bon nombre de personnes jusqu’en mars 2021. Par contre, cela n’a pas été suffisant considérant l’hiver rude du Québec et le nombre d’itinérants qui a doublé à Montréal en 2020 par rapport à 2019. De plus, les sites d’hébergement ont besoin de fonds substantiels pour fonctionner. Par exemple, une subvention de $15 000 à l’organisme La Rue des femmes, qui soutient les femmes itinérantes, a seulement permis de garder 10 lits supplémentaires ouverts durant l’hiver.

Comment dénombrer les personnes itinérantes efficacement pour implanter de meilleures mesures à long terme ? Les itinérants dénombrés ne sont que ceux qui visitent les centres de jour ou ceux qui fréquentent les centres d’hébergement d’urgence. Cela n’inclut donc pas les nombreux autres qui se font plus discrets.

Durant la pandémie, le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal invitait les « trois paliers de gouvernement à coordonner sans plus attendre des mesures de soutien pour s’assurer que le filet social qui protège les personnes sans-abri puisse résister à cette crise ». Un soutien financier de la part de nos gouvernements est souhaitable pour que les organismes communautaires continuent, parallèlement, de mener à bien leur mission d’aider les personnes itinérantes. Le programme Vers un chez-soi est une stratégie nationale pour réduire l’itinérance chronique au Canada de 50 % à l’échelle nationale d’ici 2028. Les gouvernements provincial et fédéral ont conclu une entente pour soutenir financièrement cette population à risque. Par exemple, pour fournir des services médicaux et de santé mentale.

La pandémie de la COVID-19 nous a ouvert les yeux sur diverses problématiques. L’itinérance est souvent un sujet qu’on évite, mais il est grand temps que des mesures concrètes soient prises sur le long terme pour le traiter efficacement, pandémie ou non. Nous avons un engagement envers notre société. Si ce n’est pas de résoudre le problème de l’itinérance, c’est d’en admettre la réalité et de discuter davantage de ses enjeux.

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Science & Policy Exchange

A student-run non-profit that works to foster the student voice in science policy and evidence-informed policy-making in Canada. Based in Montreal.